Pourquoi ce site ?

Ce site a pour vocation de publier des textes courts et simples, écrits par et pour des non-spécialistes afin de (re)découvrir des formes de gouvernement fondées sur une démocratie directe intégrale.


"Si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même le plus qu’il peut de souveraineté." - Gracchus Babeuf (1790)

Manifeste pour un Autogouvernement >>Détails_ici

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Le Colimaçon c’est la recherche d’une voie vers l’Autogouvernement ici et maintenant:

> Un cheminement empirique ici et maintenant
> La démocratie directe avec des mandats bénévoles et révocables
> La décroissance en harmonie avec la nature
> Le pouvoir pour tous, la dignité pour chacun
> Une route sinueuse, parfois mal tracée, souvent belle qui nous emmène vers une destination librement choisie
> Un moyen de grandir notre humanité

Panorama des expériences concrètes >>Détails_ici

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Expériences à travers l’histoire de formes d’Autogouvernement plus ou moins complètes:

> Zapatistes du Chiapas
> Rojava
> Grèce antique
> Kibboutz
> Conseils ouvriers
> Collectivités libertaires de Catalogne
> Sociétés aborigènes
> De nombreuses expériences communautaires alternatives

Parce qu'un petit dessin vaut mieux qu'un long discours

Derniers articles publiés

Se nourrir local et bio : l’exemple de Mouans-Sartoux

Logo cantine municipal Mouans-Sartoux
Depuis 2011 à Mouans-Sartoux dans  les Alpes-Maritimes, entre Cannes et Grasse, le conseil municipal a décidé d’innover pour ses 10 000 administrés: servir 100% des repas scolaires en bio à partir des fruits et légumes cultivés par la commune.

Se reconnecter à la terre

Chaque jour, dans les cuisines des 3 écoles du territoire municipal, on confectionne 1000 repas cueillis la veille au potager. Les poissons et viandes sont achetés en circuit court, toujours en bio.

Le surcoût de cet effort pour une alimentation saine et locale ? Nul. Grâce à un programme mené en parallèle, 3/4 du gaspillage est évité. Les enfants pèsent et examinent leurs déchets. On modifie le plan de culture et les recettes au fil de l’eau.

4 maraîchers embauchés par la commune travaillent les 6 hectares de terrain acquis par la mairie. On y produit 30 tonnes de végétaux chaque année. En outre, sur une parcelle réservée, les élèves apprennent à reconnaître légumes et variétés, découvrent les saisons, se sensibilisent au travail de toute une filière, du potager à l’assiette. Et ce n’est fini, des études ont démontrées que les parents se sont mis à l’école de leurs chères têtes blondes, modifiant durablement leurs modes de consommation et de préparation des repas à la maison.

Voici sans doute le type de dispositif aussi remarquable que marginal appelé à proliférer dans un régime de démocratie directe.

La République des Escartons

Blason de Briançon

De 1343 à la révolution française,

des territoires de montagne autour de Briançon, représentant un triangle de 90 Km de côté et regroupant près de 40 000 habitants, ont vécus la démocratie (directe) pendant près de 450 ans. Une quarantaine de communautés d’habitant (universitas) réparties dans 5 escartons (divisions territoriales) se réunissent régulièrement pour s’administrer eux-mêmes.

Carte de la République des Escartons
La République des Escartons (1343 – 1789)

Une géographie propice à l’insoumission

Dès le XIIIè siècle, les activités commerciales et pastorales au sein d’une vallée ou entre vallées contiguës obligent les communautés à passer des accords entre elles. Des formes d’autogouvernement apparaissent pour réglementer l’utilisation des forêts, le pâturage collectif sur les estives, l’exploitation commune des eaux d’une vallée, etc.

La géographie favorise également un fort niveau d’alphabétisation. Contraints de migrer à la mauvaise saison pour trouver une subsistance que les terres ingrates ne fournissent pas toujours, certains embrassent la carrière occasionnelle de marchand ou d’instituteur.

Enfin, l’accès difficile à ces zones montagneuses (s’élevant de 900 à 4100 mètres) rend la levée d’impôt délicate depuis l’extérieur du territoire. Les habiles paysans de ces contrées en profitent pour négocier avec le monarque du Dauphiné et rachètent privilèges et franchises relatifs à gestion de l’eau ou aux droits de pâture.

Forts de cette histoire et bénéficiant de l’avidité d’un souverain menant grand train, ces rudes montagnards négocient la Grande Charte de 1343 accordant l’indépendance quasi-complète à la « Communauté des escartons ». L’autonomie leur est accordée moyennent le paiement d’une indemnité assortie d’une forte rente annuelle dont la collecte sera assurée par leur propre administration.

Charte des libertés briançonnaises 1343

Administration de l’autonomie

Les cinq escartons possèdent leur assemblée générale réunissant tous les habitants de sexe masculin. Aucune prééminence, pas même celle de la trentaine de familles nobles rapidement exilées, n’y est reconnue. Un gouvernement composé d’officiers et d’un consul est également élu pour 1 an, sans qu’il soit nécessaire de se porter candidat. 200 écus versés par le consul lui seront restitués à l’issue de son mandat (non cumulable, non renouvelable), après examen favorable des recettes et des dépenses par l’assemblée.

Au deuxième niveau et deux fois par an au minimum, chacun des escartons délègue ses représentants à l’escarton général qui décide des impôts, pourvoie à l’armée et à la sécurité intérieure, parlemente avec les autres territoires.

La grande longévité, la robuste et très démocratique organisation politique de cet ensemble fédéré surpasse les expériences similaires à la même époque telles les « lies et passeries », ces accords conclus de vallée à vallée sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées. L’étude de ce « quasi-Etat » demeure, aujourd’hui encore riche d’enseignement.

Sources:

  • LA « REPUBLIQUE DES ESCARTONS », ENTRE BRIANÇONNAIS ET PIÉMONT (1343-1789) par Nadine Vivier (2002)
  • La fabrique de l’histoire : Briançon, capitale des escartons (1343-1789). Podcast France Inter.
  • Essai sur les anciennes institutions autonomes ou populaires des Alpes Cottiennes-Briançonnaises par Alexandre Fauché Prunelle (1856)
  • Les Escartons du Briançonnais de par Jean-José Boutaric (2013)

Une brève histoire de la participation citoyenne

Quels sont les grands jalons de la participation populaire à la gestion des affaires communes de la France dans notre régime de démocratie indirecte? Cette histoire est-elle achevée?

On le sait, d’abord absente de la vie politique régie par la monarchie, la participation politique aux affaires de la cité a longtemps été le privilège d’une caste cooptée, principalement sur des critères de richesse et de tradition (noblesse héritée). Sous l’ancien régime, à la veille de la révolution française, on estime que la noblesse représentait 120000 à 180000 personnes sur un total de 28 millions soit 0,5% de la population. Et encore ces quelques aristocrates n’avaient-ils qu’une influence limitée sur les affaires de la couronne.

En France, si l’on omet la « République des Escartons« , l’histoire de la participation citoyenne aux affaires de la cité (nettement amoindrie par le régime représentatif) débute avec le suffrage universel. Celui-ci est adopté par un décret proposé par Ledru-Rollin aux prémices de la 2ème République éclose sur les décombres de la Révolution de 1848. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il écrira en 1851, depuis son exil londonien, « Du gouvernement direct du peuple », une brochure appelant à la mise en œuvre de la démocratie directe. Toute une génération est alors travaillée par cette question, tels Considérant, auteur de « La solution ou le gouvernement direct du peuple » (1845) ou Rittinghausen avec « La législation directe par le peuple » (1852). Une génération aujourd’hui tombée dans l’oubli.

Réintroduit avec la IIIè République (1870) qui s’empressera de réprimer dans le sang la Commune (1871) et ses élans d’autogouvernement citoyen, le suffrage universel est aujourd’hui à l’agonie. Le parti de l’abstention est désormais majoritaire (grossièrement 50% pour toutes les élections,  sauf la présidentielle autour de 20%).

En assimilant l’abstention à un vote de défiance (ce qu’il est pour une grande part), les résultats réels aux scrutins s’effondrent, illustrant un rejet plutôt qu’une adhésion au régime représentatif exsangue.

Les résultats de la présidentielle de 2022 selon cette méthode[1], E. Macron est le président de 20% des électeurs, voire 18% en réintégrant les français non inscrits[2]. A cette aune, la démocratie même représentative perd radicalement son sens.

Depuis la Révolution française, la participation populaire au gouvernement a connu bien des soubresauts. Ce graphique – totalement subjectif – représente l’histoire (non linéaire) de cette participation citoyenne (jusqu’ici en régime représentatif).

Schéma (subjectif) de la participation citoyenne à la vie publique en France depuis 1848

[1] En comptabilisant comme des suffrages exprimés contre tous les candidats, les abstentions et les votes blancs (abstentions 12 824 169 ; blancs 543 609).
[2] En ajoutant à ce décompte les votes des non-inscrits, soit 5, 2 millions de citoyens qui n'ont pas même fait l'effort de s'inscrire sur les listes électorale (pour une grande part par dégout / désintérêt de la vie politique)